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07 juin 2025

INTERNATIONAL : Effet Trump ; le monde à hue et à dia- Par G. Amidot

Publié par G. Amidot  le 7/6/2025

 

Huit mois après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a imposé aux États-Unis et au reste du monde une nouvelle phase d’instabilité stratégique. 

Cette nouvelle phase trumpienne est marquée par une cascade de décisions brutales, de volte-face diplomatiques, et de mesures nationalistes qui rompent avec les équilibres internationaux fragiles des dernières années. Le deuxième mandat Trump ne se contente pas de prolonger le précédent : il radicalise les instincts unilatéralistes du président, bouleversant les relations commerciales, diplomatiques et même sociétales au sein même des États-Unis.

L’un des premiers marqueurs de ce retour fut la réactivation de la guerre commerciale avec la Chine, mais aussi avec les alliés européens et nord-américains. Trump a rapidement imposé de nouveaux droits de douane sur les produits technologiques, automobiles et agricoles en provenance de l’Union européenne, du Canada, du Mexique et même du Japon, sous prétexte de « restaurer l’indépendance économique américaine ». L’ALENA, déjà remanié lors de son premier mandat, est cette fois suspendu unilatéralement, provoquant des tensions vives avec Ottawa et Mexico. Le Canada, notamment, a vu ses relations avec Washington se tendre après que Trump ⁰ait réclamé l’annexion de ce pays aux USA, gelant toute coopération bilatérale hors du champ militaire. Quant au Mexique, le président américain a ordonné le déploiement de la Garde nationale à la frontière, non seulement pour bloquer les migrants, mais aussi pour « refouler les criminels transférés par certains pays d’Amérique du Sud », selon ses termes. Des images de prisonniers débarqués de force au Guatemala et au Salvador ont fait le tour du monde, suscitant la condamnation de plusieurs ONG et gouvernements, sans effet notable sur la politique américaine.

Sur le plan stratégique, l’administration Trump a réduit considérablement son soutien militaire à l’Ukraine. Les aides financières ont été suspendues dès février 2025, qualifiées de « gaspillage pour une guerre qui ne regarde pas l’Amérique ». Ce retrait partiel a redonné du souffle à la Russie, qui a repris l’initiative sur plusieurs fronts dans l’Est ukrainien. Moscou, fort du désengagement américain, a renforcé ses pressions sur les pays baltes, tandis que les membres de l’OTAN, affaiblis par les critiques constantes de Trump sur l’utilité de l’Alliance, se sont repliés sur une diplomatie de crise. L’Europe se retrouve contrainte de repenser sa sécurité sans la garantie américaine, avec en toile de fond le spectre d’un désengagement définitif des États-Unis.

Le Groenland, déjà évoqué comme cible d’annexion lors du premier mandat, a de nouveau été au cœur des spéculations présidentielles. Trump a évoqué en avril 2025 un projet de « bail stratégique » sur certaines zones de l’île pour des raisons minières et militaires, provoquant un tollé à Copenhague. Le Danemark a rappelé son ambassadeur, et plusieurs pays européens ont dénoncé ce qui leur semble être une résurgence de la diplomatie impériale américaine.

Un autre front sensible est celui du Canal de Panama, que Trump accuse de « favoriser le commerce chinois aux dépens des intérêts américains ». Une pression diplomatique inédite a été exercée sur le gouvernement panaméen afin de renégocier les conditions de passage des navires, notamment en donnant une priorité aux bâtiments américains. Là encore, cette tentative de reprise de contrôle symbolique sur une zone stratégique a tendu les relations avec plusieurs pays d’Amérique latine et renforcé la méfiance régionale envers Washington.

Dans ce contexte de tensions multiples, l’épisode de l’alliance puis de la rupture entre Trump et Elon Musk apparaît davantage comme une péripétie révélatrice du style de gouvernance : autoritaire, impulsif et centré sur l’image. L’entrepreneur star avait initialement soutenu les réformes économiques du président, notamment celles visant à réduire l’administration fédérale. Mais dès que leurs visions ont divergé – en particulier sur la régulation technologique et l’usage de l’intelligence artificielle dans la sphère publique – le président s’est retourné contre son ancien allié, lançant audits et attaques publiques. Si l’épisode a marqué les esprits par son côté spectaculaire, il s’inscrit dans une logique plus large de concentration du pouvoir autour de la personne présidentielle, au détriment de tout contre-pouvoir.

Sur le plan intérieur, cette politique de confrontation généralisée commence à produire des effets alarmants. L’inflation, contenue au début de son mandat, repart à la hausse à cause des surtaxes douanières. Le dollar se déprécie, notamment face à l’euro et au yuan, tandis que les marchés financiers s’emballent à chaque nouvelle déclaration présidentielle. Le moral des ménages est en baisse, les syndicats protestent contre le démantèlement des protections sociales, et les grandes villes démocrates – New York, San Francisco, Chicago – deviennent le théâtre de manifestations massives, réprimées avec une vigueur croissante.

Le climat social se détériore, d’autant plus que les clivages raciaux, religieux et politiques sont attisés par une communication présidentielle agressive. Trump s’appuie toujours sur sa base, galvanisée par la rhétorique de reconquête nationale, mais l’opposition se réorganise aussi, et une polarisation inédite semble désormais structurelle. Les tensions ethniques et le retour de certaines milices privées rappellent à certains observateurs les prémices d’un effondrement de la démocratie libérale.

À l’échelle mondiale, les États-Unis apparaissent plus que jamais repliés, mais non affaiblis : ils restent puissants, imprévisibles, et capables de déséquilibrer des régions entières. Le retrait progressif du système multilatéral, la remise en cause de traités anciens, et les rapports conflictuels avec la Chine, la Russie, l’Europe ou l’Amérique latine, nourrissent une inquiétude globale : celle d’un monde qui fonctionne sans boussole, où les États-Unis, autrefois garants d’un certain ordre, deviennent une puissance de rupture et un facteur de déboussolement.

 La période novembre 2024 – juin 2025 aura ainsi été celle d’un basculement. Plus qu’un retour au pouvoir, Donald Trump incarne une nouvelle forme de gouvernance mondiale : instable, personnalisée, souvent incohérente mais toujours offensive. Les effets de ce tournant ne font que commencer à se faire sentir – sur l’économie américaine, sur la cohésion sociale du pays, et sur l’équilibre du monde.


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